Philo-CINAPs

Philosophy of Clinics In Neuroscience And Psychiatry

 

© Northwestern University Web Archive

Le projet Philo-CINAPs

Philosophy of Clinics In Neuroscience And Psychiatry

Le projet Philo-CINAPs s’intéresse aux transformations contemporaines de la sémiologie psychiatrique. Il vise à clarifier les méthodes, les principes et les concepts qui guident (ou devraient) guider les cliniciens dans leur démarche diagnostique.

Le premier axe du projet porte sur la théorie du symptôme. Qu’est-ce qu’un symptôme en psychiatrie ? Sur quoi repose le jugement du clinicien-psychiatre qui écoute son patient et qui observe des signes et des symptômes en vue d’établir un diagnostic ? En quoi son jugement diffère-t-il de celui de ses confrères, et notamment du neurologue, du psychologue, ou encore du psychanalyste ? Qu’est-ce que les neurosciences, la psychopharmacologie ou encore l’imagerie cérébrale nous apprennent des symptômes mentaux ? Nos travaux visent à apporter un éclairage épistémologique sur ce qui est en jeu dans les grands projet actuels de refondation de la sémiologie psychiatrique, comme le projet RDoC [Research Domain Criteria] financé par le NIMH aux États-Unis, le projet HiTOP [Hierarchical Taxonomy of Psychopathology] promu par un consortium de chercheurs spécialisés dans les traits de personnalité, ou encore, pour prendre un troisième exemple, les approches intégratives qui reposent sur l’analyse en réseau des symptômes [Network analysis]. Il s’agira par ailleurs de comprendre ce que les concepts de domaine, de critère, d’endophénotype, de signature moléculaire, de trait, etc., sont susceptibles d’apporter à la démarche diagnostique.

Le deuxième axe principal du projet Philo-CINAPs porte sur les transformations technologiques du recueil des données en psychiatrie clinique. L’entretien traditionnel, qui reposait sur le « colloque singulier » du médecin avec son patient, traverse une crise profonde dans la médecine en général, et cette crise n’épargne pas la psychiatrie.

  • Le développement prolifique des instruments cliniques (échelles, entretiens standardisés ou semi-standardisés, inventaires symptomatologiques, etc.), tout au long du XXe siècle, a permis de mieux objectiver et donc de mieux comparer les symptômes. Mais leur validité scientifique est loin d’être établie et tous ces instruments charrient des concepts, tantôt populaires (par exemple, la tristesse, l’angoisse, etc.) tantôt techniques (l’anhédonie, l’hallucination, etc.), dont la définition n’est pas toujours claire ni opérationnelle. Surtout, le primat désormais mis sur l’auto-évaluation des symptômes pose des questions philosophiques fondamentales concernant le patient dans son rapport réflexif à sa santé mentale, et dans sa manière d’intégrer les normes psychologiques fixées par la vie sociale.
  • La promotion de la E-santé mentale [E-mental health], qu’accélère la crise sanitaire actuelle, s’est traduite par la multiplication des applications smartphone qui visent à récolter des informations cliniques d’un nouveau type, en temps réel et en situation de vie. Les intérêts commerciaux et les dangers nouveaux qu’ils font peser sur la qualité des soins sont évidents, et ils contrebalancent les avantages épistémologiques peu évidents qu’ils pourraient apporter. Nous chercherons à donner une appréciation critique et rigoureuse de ce qui est en jeu derrière cette mutation qui touche pour l’instant seulement la recherche, mais qui pourrait concerner demain la pratique psychiatrique la plus courante.
  • Enfin, le raffinement des méthodes d’exploration fonctionnelle (IRM, EEG, MEG, etc.), la recherche des marqueurs biologiques (marqueurs sanguins, génotypes, etc.) et la multiplication des bases de données (la recherche en Big Data) continue d’offrir la promesse d’une redéfinition à venir des classifications et des diagnostics psychiatriques. Quel est l’état des connaissances dans ce domaine ? Quelles sont les promesses lointaines que propose la psychiatrie dite « de précision »? Doit-on voir celle-ci comme un nouveau paradigme scientifique (cf. T. Kuhn), ou plutôt comme une idéologie scientifique (G. Canguilhem) qui « loucherait » du côté des progrès, remarquables mais très spécifiques, accomplis en oncologie ? 
© J. Lichtman, Brainbow